La fin du RTC est le sujet télécom le plus annoncé et le moins traité de la décennie. Annoncé par Orange en 2016, repoussé dans les esprits chaque année depuis, il produit aujourd’hui un effet très concret : des entreprises découvrent que leur télécopieur, leur terminal de paiement ou la ligne d’urgence de leur ascenseur ne fonctionne plus, sans avoir reçu d’alerte qu’elles aient su interpréter.
La difficulté ne vient pas de la technique — migrer une téléphonie d’entreprise vers l’IP est devenu simple. Elle vient de la forme du calendrier : il n’y a pas de date nationale. La fermeture avance par lots de communes, jusqu’à fin 2030, et chaque entreprise a sa propre échéance.
Ce guide donne le calendrier réel, la liste des équipements qui tombent, et le plan de migration dans l’ordre où il faut l’exécuter.
RTC, cuivre, RNIS : remettre les mots à leur place
Trois termes circulent et sont utilisés l’un pour l’autre. La confusion a des conséquences pratiques, autant la lever tout de suite.
- Le RTC (réseau téléphonique commuté) est le service téléphonique historique : celui des lignes analogiques classiques, où chaque appel ouvre un circuit dédié.
- Le RNIS (Numeris, lignes T0 et T2) est la version numérique de ce même réseau, largement utilisée par les entreprises pour raccorder leur PABX. Il subit le même sort.
- Le réseau cuivre est l’infrastructure physique : les paires de fils qui vont du répartiteur jusqu’à votre local. C’est elle qui ferme, et sa fermeture emporte tout ce qui roulait dessus, y compris l’ADSL.
Autrement dit : la « fin du RTC » et la « fermeture du cuivre » sont deux étapes du même mouvement. La première a arrêté la vente, la seconde débranche physiquement.
Le calendrier réel, sans approximation
Le plan de fermeture combine deux mécanismes qui n’ont pas le même effet sur vous.
Mécanisme 1 : la fermeture commerciale
C’est l’arrêt de la vente. Plus aucune nouvelle ligne RTC n’est commercialisée depuis 2018-2019. Pour les offres cuivre en général, la fermeture commerciale est actée au 31 janvier 2026 pour la majorité des communes, et au 31 janvier 2027 pour les autres.
Effet concret : vous ne pouvez plus créer de ligne, ni déménager une ligne existante, ni ajouter un canal. Votre installation actuelle continue de fonctionner — mais elle est figée.
Mécanisme 2 : la fermeture technique
C’est le débranchement effectif, commune par commune, par lots successifs. Les premiers lots ont été fermés à partir de fin 2023, avec des lots annuels depuis. Le rythme s’accélère : l’ordre de grandeur communiqué est d’environ 1,2 million de locaux d’ici fin 2026, puis une douzaine de millions à l’horizon 2028, pour une fermeture complète fin 2030.
Effet concret : à la date de votre lot, une ligne restée en analogique ou en RNIS s’arrête. Définitivement.
| Ce que vous devez retenir | Ce qui se passe |
|---|---|
| Vous ne pouvez plus commander de nouvelle ligne cuivre | Déjà en vigueur |
| Vous ne pouvez plus déménager ni faire évoluer l’existant | Fermeture commerciale de votre commune |
| Vos lignes analogiques et RNIS cessent de fonctionner | Fermeture technique de votre lot |
| Plus aucune ligne cuivre en France | Fin 2030 |
Ce qui tombe en panne, et que personne n’a inventorié
Dans la quasi-totalité des migrations ratées, le téléphone n’est pas le problème. Ce sont les équipements branchés sur une prise téléphonique que plus personne n’associe à la téléphonie.
| Équipement | Ce qui se passe à la coupure | Solution courante |
|---|---|---|
| Ligne d’urgence d’ascenseur | Plus d’appel de secours possible — non-conformité réglementaire immédiate | Module GSM autonome, validé par le mainteneur |
| Alarme et télésurveillance | Plus de transmission vers le centre de télésurveillance | GSM ou IP selon le contrat de télésurveillance |
| Terminal de paiement (TPE) en RTC | Plus d’autorisation de paiement | Remplacement par TPE IP ou 4G |
| Télécopieur | Plus d’émission ni de réception | Fax over IP, ou passage au fax dématérialisé |
| Téléassistance et médaillons | Plus d’alerte transmise | Boîtier GSM, validé par le prestataire |
| Machine à affranchir | Plus de rechargement à distance | Raccordement réseau IP |
| Badgeuse, pointeuse, automate | Plus de télécollecte ni de télémaintenance | Mise à jour IP ou passerelle |
| Portail, interphone | Plus d’appel entrant vers le poste | Adaptateur ATA ou module GSM |
Une migration RTC ne se prépare pas dans le local télécom. Elle se prépare en faisant le tour du bâtiment, prise par prise.
Pour les équipements liés à la sécurité des personnes — ascenseurs, alarmes incendie, téléassistance — retenez une règle simple : privilégiez une solution qui ne dépend pas de votre accès internet. Un ascenseur dont la ligne de secours passe par la même fibre que la bureautique cesse d’alerter au moment précis où le site a un problème général.
Le plan de migration en 6 étapes
Dater chaque site
Pour chaque établissement, relevez la commune, vérifiez la trajectoire de fermeture et notez la date du lot. Vous obtenez un ordre de priorité qui n’est pas forcément celui auquel vous pensiez : ce n’est pas le siège qui passe en premier, c’est le site du lot le plus proche.
Inventorier physiquement les prises
Faites le tour des locaux et listez tout ce qui est branché sur une prise téléphonique, y compris dans les locaux techniques, les cages d’ascenseur et les zones de stockage. Pour chaque équipement : à quoi il sert, qui le maintient, et si son arrêt est un problème de confort ou de sécurité.
Vérifier la connexion internet de chaque site
La voix sur IP demande peu de débit mais beaucoup de régularité. Contrôlez le débit montant disponible aux heures de pointe et la possibilité de prioriser le trafic voix. Si un site est en ADSL en fin de vie, sa migration fibre devient le préalable de tout le reste.
Choisir la cible téléphonie
Standard cloud dans la très grande majorité des cas, IPBX avec trunk SIP si une contrainte de souveraineté ou une connectivité difficile l’impose. La comparaison détaillée est dans notre guide du standard téléphonique d’entreprise.
Traiter les équipements annexes
Un interlocuteur par équipement : le mainteneur de l’ascenseur, le prestataire de télésurveillance, la banque pour le TPE. Ces échanges sont lents, ils doivent démarrer tôt et en parallèle du chantier téléphonie, pas après.
Porter les numéros, tester, basculer
Demande de portabilité, configuration en double, tests de chaque parcours, puis bascule. Ne résiliez jamais l’ancien contrat avant que le portage soit effectif.
Combien ça coûte, et pourquoi c’est souvent une économie
Le poste récurrent baisse presque toujours. Une installation RTC ou RNIS additionne des abonnements de lignes, un contrat de maintenance du PABX, et des communications facturées à la minute. Un standard cloud remplace l’ensemble par un abonnement unique par utilisateur, entre 15 et 40 € HT par mois selon le niveau de fonctionnalités, avec les communications vers les fixes et mobiles France généralement incluses.
Les coûts réels de la migration sont ponctuels et bien identifiables :
- Les adaptateurs et modules GSM pour les équipements analogiques conservés : quelques dizaines à quelques centaines d’euros par équipement.
- La mise à niveau de la connexion sur les sites encore en ADSL.
- Le temps interne : l’inventaire et les tests, soit quelques jours-homme selon le nombre de sites.
- Les postes IP, uniquement si vous en voulez : le softphone sur ordinateur et mobile suffit pour la majorité des utilisateurs.
Les 5 erreurs qui transforment une migration en incident
- Attendre la lettre d’Orange. Le préavis existe, mais il arrive à la commune et peut se perdre dans une organisation. Vérifiez vous-même la date de vos lots, aujourd’hui.
- Ne traiter que le siège. Les sites secondaires — dépôts, agences, ateliers — sont ceux qui portent les équipements critiques et qu’aucun service informatique ne visite jamais.
- Résilier avant le portage. Le numéro est alors restitué au pot commun et devient irrécupérable. C’est irréversible.
- Traiter l’ascenseur en dernier. Le délai d’intervention d’un mainteneur d’ascenseur se compte en semaines, parfois en mois. C’est le chemin critique du projet, pas une finition.
- Migrer la téléphonie sans vérifier le réseau. Une fibre saturée ou un routeur sans priorisation du trafic voix produit des coupures que tout le monde attribuera à la VoIP, à tort.
Ce qu’il faut retenir
La fin du RTC n’est pas un projet technique difficile. C’est un projet d’inventaire, avec une échéance qui vous est propre et un chemin critique qui ne passe pas par le téléphone mais par les équipements que personne ne regarde.
L’ordre est toujours le même : dater ses sites, faire le tour des prises, vérifier le réseau, puis seulement choisir la solution. Les entreprises qui vivent mal cette migration sont celles qui ont commencé par la dernière étape.
Et si le sujet vous amène à comparer sérieusement les deux mondes, notre article sur la VoIP face à la téléphonie classique détaille les différences de qualité, de coût et de fonctionnalités, tandis que le guide de la téléphonie VoIP en entreprise donne la checklist complète de mise en place.