Un numéro de téléphone d’entreprise est l’un des rares actifs qui figure simultanément sur vos cartes de visite, votre site, vos factures, votre fiche Google, vos contrats et la mémoire de vos clients. C’est aussi l’un des seuls qu’on peut perdre définitivement par une case cochée au mauvais moment.
La portabilité est pourtant un droit, encadré par l’Arcep, gratuit, et techniquement banal. Ce qui la rend risquée n’est pas la procédure : c’est l’ordre des opérations. Résilier avant de porter, et le numéro part.
Ce guide donne la procédure exacte, les délais réels, et les six erreurs qui coûtent un numéro.
Ce que dit la règle
La conservation du numéro est une obligation réglementaire qui s’impose à tous les opérateurs, sous la supervision de l’Arcep. Trois principes en découlent, et ils suffisent à cadrer tout le reste :
- Le numéro suit l’utilisateur. Il ne fait pas partie de l’offre commerciale de l’opérateur : celui-ci en assure la gestion, pas la propriété.
- La portabilité est gratuite. Aucun opérateur ne peut facturer l’opération elle-même.
- C’est le nouvel opérateur qui pilote. Vous mandatez l’opérateur receveur, qui se charge auprès de l’opérateur donneur du portage et de la résiliation associée.
Ce troisième point est celui que tout le monde inverse, et c’est celui qui coûte des numéros.
Le RIO, en une minute
Le RIO (Relevé d’Identité Opérateur) est un identifiant unique de 12 caractères alphanumériques, attribué par l’opérateur à chaque ligne. Il sert à relier sans ambiguïté un numéro à un contrat, pour éviter les portages frauduleux ou erronés.
Deux façons de l’obtenir :
- Le 3179, gratuit, appelé depuis la ligne concernée. Le serveur vocal restitue le RIO de cette ligne, et l’envoie par SMS pour un mobile.
- Le numéro gratuit communiqué par votre opérateur, ou l’espace client.
À noter pour la suite : à compter du 1er juillet 2027, l’usage du RIO devient obligatoire pour les demandes de conservation de l’ensemble des numéros fixes, y compris ceux rattachés contractuellement à un groupement. Autrement dit, la tolérance actuelle sur les lignes solidaires disparaît, et la discipline documentaire deviendra la norme.
Les délais réels
| Type de numéro | Délai réglementaire maximal | Évolution |
|---|---|---|
| Mobile | 3 jours ouvrables | Inchangé |
| Fixe grand public | 3 jours ouvrables | Inchangé |
| Fixe utilisé par une entreprise | 7 jours ouvrables | Ramené à 3 jours ouvrables d’ici le 1er juillet 2027 |
Ces délais courent entre la demande validée et l’activation chez le nouvel opérateur. Ils ne comprennent pas la phase amont : rassembler les RIO, vérifier la concordance des données contractuelles, faire signer le mandat de portabilité. Sur un parc d’entreprise, cette phase amont représente l’essentiel du calendrier.
Le portage technique se compte en jours. La préparation administrative se compte en semaines. Presque tous les projets qui dérapent ont inversé ces deux ordres de grandeur.
La procédure, dans l’ordre
Inventorier les numéros
Tous les numéros, y compris ceux que personne ne compose plus : le fax, le numéro d’un service fermé, la ligne du local technique. Pour chacun : où il est imprimé (site, cartes, véhicules, fiche Google, contrats), et qui l’utilise. Un numéro qu’on croit mort est souvent celui d’un support commercial encore en circulation.
Rassembler les RIO et vérifier la concordance
Le RIO de chaque ligne, et surtout la vérification que la raison sociale et l’adresse du contrat correspondent exactement à celles que vous fournirez. Une entreprise qui a déménagé ou changé de forme juridique sans mettre à jour son contrat verra son portage rejeté pour incohérence.
Signer le mandat auprès du nouvel opérateur
Vous mandatez l’opérateur receveur. C’est lui qui déclenche la demande auprès du donneur et la résiliation associée. Vous ne contactez pas votre ancien opérateur pour résilier.
Préparer la cible avant la bascule
Le nouveau système est configuré et testé sur des numéros provisoires : plan de routage, horaires, groupes, messages. Le jour du portage doit être un basculement, pas un démarrage.
Porter, en évitant le vendredi
Planifiez la bascule un mardi ou un mercredi matin, jamais un vendredi ni une veille de pont : si un numéro ne remonte pas, vous voulez avoir des interlocuteurs disponibles dans l’heure, pas dans trois jours.
Vérifier chaque numéro, un par un
Appelez chaque numéro porté depuis un mobile extérieur au réseau de l’entreprise. Vérifiez qu’il sonne, qu’il aboutit au bon groupe, et que le numéro présenté en sortie est le bon. C’est le seul contrôle qui prouve que le portage a réellement fonctionné.
Les 6 erreurs qui font perdre un numéro
1. Résilier avant de porter
L’erreur numéro un, et la seule vraiment irréversible. En résiliant vous-même, vous coupez le lien entre le numéro et un contrat actif, et vous déclenchez un compte à rebours de 40 jours calendaires. Passé ce délai, le numéro retourne au pot commun de la numérotation. Il n’existe aucun recours.
2. Laisser expirer les 40 jours
Cas fréquent : une ligne est résiliée dans un mouvement de ménage administratif, personne ne fait le lien avec le numéro imprimé sur les devis, et le sujet ressort trois mois plus tard. Trop tard. Si vous découvrez une résiliation subie, la première question à poser est la date exacte : c’est elle qui détermine s’il reste quelque chose à sauver.
3. Des données contractuelles qui ne concordent pas
Le portage compare la raison sociale, l’adresse et le titulaire déclarés. Un déménagement non répercuté, une fusion, un changement de dénomination : autant de motifs de rejet. Ces rejets ne sont pas graves en soi, mais chacun coûte un cycle complet de plusieurs jours.
4. Oublier les numéros non géographiques
Les numéros en 08, les numéros courts et les numéros de service à valeur ajoutée obéissent à des règles propres. Ils se portent, mais pas selon la même procédure ni les mêmes délais que les fixes. Traitez-les comme un chantier distinct, et posez la question explicitement à votre nouvel opérateur.
5. Porter avant d’avoir configuré la cible
Un numéro qui arrive sur un système non configuré sonne dans le vide. Le portage doit être la dernière étape, pas la première. Le plan de routage, les horaires et les groupes se dessinent avant — la méthode est détaillée dans notre guide du standard téléphonique d’entreprise.
6. Ne pas vérifier le numéro présenté en sortie
Le portage concerne les appels entrants. Le numéro que vos équipes présentent en appelant est un réglage distinct, côté nouveau système. Beaucoup d’entreprises portent correctement leurs numéros et passent trois semaines à émettre des appels sous un numéro inconnu de leurs clients, avec l’effet qu’on imagine sur le taux de décroché. Le sujet est traité dans notre article sur les numéros marqués comme spam.
Les cas particuliers
Numéros virtuels et VoIP. Un numéro fourni directement par un opérateur VoIP et non rattaché à une boucle locale ne suit pas toujours la logique du RIO : selon les opérateurs, le transfert se fait sur simple demande contractuelle. Posez la question, mais ne présumez pas : la règle du « ne jamais résilier avant » reste valable dans tous les cas.
Blocs de SDA. Un bloc de numéros directs se porte généralement en totalité, pas à l’unité. Si vous ne voulez conserver qu’une partie du bloc, dites-le en amont : c’est une contrainte technique qui se traite avant la demande, pas après.
Numéro rattaché à un accès internet. Sur les offres où la ligne téléphonique est adossée à l’accès, porter le numéro peut entraîner la résiliation de l’accès. Vérifiez ce point si le même lien porte votre connexion : vous ne voulez pas perdre internet le jour où vous changez de téléphonie.
Ce qu’il faut retenir
La portabilité n’est pas un sujet technique, c’est un sujet de séquence. Trois règles suffisent à ne jamais perdre un numéro :
Ne résiliez jamais vous-même. Rassemblez les RIO avant de signer quoi que ce soit. Configurez la cible avant de porter.
Le reste — les délais, les rejets pour incohérence, les blocs de SDA — se règle par des allers-retours administratifs, désagréables mais réversibles. Seule la résiliation anticipée ne se rattrape pas.
Si votre changement d’opérateur s’inscrit dans une migration plus large, la checklist complète est dans le guide de la téléphonie VoIP en entreprise, et le calendrier de fermeture du cuivre dans celui de la fin du RTC.